À partir de l’analyse des films qu’il a pris à Bali, Gregory Bateson (1904-1980) démontre grâce à la photographie qu’une mère manifeste des mots d’amour (expression du langage) un rapprochement tout en adoptant en même temps une conduite d’éloignement ou d’évitement par les langages corporels et kinésique. L’enfant ne sait pas… et ne peut savoir ce que sa mère exige de lui. Il est condamné à osciller entre ces deux contraires auxquelles il ne peut répondre en même temps. Précisons le contexte (pour les fans de la thérapie systémique !) : Nous sommes dans un contexte de pauvreté, absence du Père,  la mère est dans l’ambivalence d’aimer son enfant ne sachant pas vraiment comment elle pourra l’éduquer dans un contexte optimale…


Durant mes études cette démonstration de l’anthropologue Bateson grâce à la chronophotographie m’avait émerveillé tant dans la méthodologie employée que dans les conclusions qu’il en tirera.

« On ne peut pas… ne pas communiquer »… postulat de base de l’école de Palo Alto (1956)… Postulat qui aujourd’hui nous parait évident… La démonstration de Bateson montre la puissance de la communication « non verbale » qui trahit un moment douloureux entre sa mère et l’enfant percevant la situation d’amour/rejet de sa mère ne sachant pas comment y répondre.

Bateson est aujourd’hui connu pour cette théorie du « double-bind » traduisez en Français par « double contrainte » (à lire dans le célèbre ouvrage de Paul Watzlawick (ouvrage co-rédigé) « La nouvelle Communication« .

La « double contrainte » ou « double bind » est le résultat d’injonctions paradoxales, c’est-à-dire d’un ensemble de deux ordres, explicites ou implicites, donné à une personne qui ne peut en satisfaire un sans risquer de s’opposer / contredire l’autre.
Bateson l’exprime ainsi : « vous êtes damné si vous le faites, et vous êtes damné si vous ne le faites pas ». La double contrainte exprime donc le fait d’être acculé à une situation impossible, où sortir de cette situation est également impossible…

Il y également une troisième contrainte qui empêche l’individu de sortir de cette situation… Si cette 3eme contrainte n’existait pas nous serions dans le domaine du « dilemme » ou le sujet doit faire un choix face aux deux contraintes. La troisième rend la situation totalement « cornélienne » (le choix) pour le sujet..

La double contrainte exprime donc le fait d’être acculé à une situation impossible, où sortir de cette situation est également impossible… Exemple :

Reste près de moi…

Tu es toujours dans mes pattes…

Dans la séquence suivante j’ai sélectionné 3 photos (sur 8) d’une scène au marché de Saint Girons. Aucune analyse similaire avec les images de Bateson mais dans ce décomposé de la vie quotidienne on ne sait pas vraiment ou doit se porter notre regard : la main de l’enfant accrochée au cou ? le regard ? la position sur le corps de son père ?
Comment analyser la communication ? entre le petit enfant et le père ?… On remarque ici toute l’importance du CONTEXTE (d’autant plus que le père est de dos) que nous n’avons pas à notre connaissance… et qui ne nous permet pas d’aller plus loin dans l’analyse de la scène 😉

mais… c’est un début pour moi… une piste de travail en streetphotography une jonction entre mes connaissances universitaires et la photographie !

La streetphotography au service de anthropologie de la vie quotidienne ?
Seule l’approche de la streetphotography permet de révéler ces moments singuliers hors contexte d’un scénarisation qui effacerait toutes les émotions vraies !

 

 

 

 

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