Des mouvements nets et flous : Le réglage du shutter-speed

Comme en photo, l’exposition en vidéo est composée par les trois facteurs : diaphragme, vitesse d’obturation, sensibilité iso.
A cela vient s’ajouter un point technique relatif à la perception de l’œil humain : le flou cinétique qu’il faut savoir restituer. C’est un point de vue « créatif ».
On retrouve en vidéo comme en photographie cette possibilité de jouer sur l’arrière plan flouté. Mais en vidéo s’ajoute la gestion du flou de mouvement du sujet que l’on nomme le flou cinétique.
L’arrière plan flouté est obtenu principalement par le réglage du diaphragme (distance sujet + focale + diaphragme)

Le flou cinétique est reproduit grâce au temps de pose/vitesse d’obturation.Quelques définitions :

Temps de pose : En photographie, le temps de pose ou durée d’exposition est l’intervalle de temps pendant lequel l’obturateur de l’appareil photographique laisse passer la lumière lors d’une prise de vue, et donc la durée de l’exposition à la lumière du capteur.

Shutter speed : c’est le terme anglais utilisé dans le monde la vidéo pour parler du temps de pose.

Le flou cinétique (ou flou de mouvement) : désigne le flou perçu par l’œil humain d’un sujet en mouvement. Autrement dit, en vidéo vous allez devoir tenir compte de cette perception de l’œil humain et essayer de la reproduire pour obtenir une image « naturelle ».

L’effet du réglage du shutter speed sur la perception d’un ventilateur en rotation.

D’un point de vue créatif en vidéo : faire varier la vitesse d’obturation permet de contrôler le flou de mouvement dans votre image.
Plus la vitesse est lente, plus le flou est prononcé. Plus la vitesse est élevée, plus les éléments en mouvement apparaissent nets, mais avec un effet saccadé, donnant un aspect « hyper-réaliste »… des images hyper pixelisées…

Pourquoi ? La vision de l’œil humain ne décompose pas les mouvements mais les perçoit avec un « flou » qu’il faudra tenter de reproduire dans votre vidéo, donnant du dynamisme, une profondeur dans l’image, un coté réaliste…

La vidéo suivante montre un hélicoptère de la gendarmerie filmé à partir d’un portable. Alors certes c’est beau… mais ce n’est pas la réalité. L’œil humain est incapable de discerner les pales de l’hélicoptère quand il est en vol.

La règle est simple : Pour reproduire le flou cinétique (celui perçu par l’œil humain) on filme à une vitesse de 1/50e de secondes (à 25 images/secondes).

Si vous filmez à 120 images par secondes (pour faire beau ralenti, votre shutter speed devra être de 1/240e secondes soit 1/250e s

 

Pour ne pas être sur-exposé tout en respectant la vitesse de 1/50e s ?

Régler son shutter speed au 1/50e de secondes est un problème technique car à la vitesse de 1/50e s vous laissez beaucoup de lumière passer au niveau du capteur avec le risque d’avoir un rush sur-exposé. Pour éviter cela, on utilise un filtre Gris Neutre VARIABLE que l’on place devant l’objectif.
Le principe : Si la règle afin de respecter le flou cinétique est de se caler à la vitesse de 1/50e secondes, lorsque l’image est surexposée, on assombri l’image à l’aide de ce filtre.
Ainsi l’image n’est pas sur-exposée.
Un filtre gris neutre assombri l’image volontairement permettant de garder la vitesse 1/50e secondes même en plein jour/soleil


Et avec une Gopro et un Drone ?

Le principe est le même on place un filtre gris neutre (en plastique , beurk !) devant la caméra. Ils ne sont pas variables, il faut donc en avoir plusieurs densités et les adapter selon la luminosité.
C’est donc contraignant à utiliser. Il est important de noter que dans une vidéo on repère très rapidement les « ruptures » entre les plans.
Ainsi, à « l’œil », avec un peu d’expérience on détecte vite les plans vidéos réalisés avec un reflex (ou le vidéaste respecte le réglage du shutter speed 1/50e s et les plans de « drone » ou très souvent on ne prend pas le temps de positionner un filtre.
En plein jour la caméra du drone filmera à des vitesses bien au delà des 1/50e donnant une impression d’image « hyper-réaliste » où on peut percevoir beaucoup de détails dans l’image.

Dans la séquence 2’48s => 2’54s le flou cinétique est quasi absent.

Le seul moment où le flou cinétique apparait dans cette vidéo tournée avec une gopro360 est relatif à des accélérations, transitions, travaillées au montage (effet de rotation de caméra, changement de point de vue (c’est une caméra 360° vous pouvez changer au montage l’angle de la prise de vue et sélectionner par exemple ce que filme la caméra dans votre dos, au-dessus de votre tête…).

 

Le réglage du speed-shutter au service de la créativité

C’est ici que l’on rentre dans la culture du cinéma et dans une logique créative.
La règle des 1/50e secondes (à 25 images/s) est un point de départ impératif pour régler sa caméra. Libre ensuite à chacun de s’en éloigner légèrement pour affirmer un style particulier, qui doit être réfléchi. Comme beaucoup d’autres paramètres, un spectateur lambda ne se dira jamais devant votre film que votre vitesse d’obturation est mal choisie, mais il saura que quelque chose cloche, sans savoir quoi…

Slow-shutter

On peut utiliser une vitesse d’obturation lente 1/15e par exemple, on retrouve cet effet notamment dans le film « ChungKing Express » de Wong Kar Wai donnant une forme de décomposition de l’image avec des images des personnages et des ambiances lumineuses floues.

Voici ce que cela donne (grosso modo en post-traitement) avec un logiciel de montage. 0,28s => 0,38 s par exemple même si ce n’est pas parfait.

Le speed shutter (filmer avec une vitesse supérieure au 1/50e s)

C’est certainement dans les films d’actions que cette technique est le plus souvent utilisée. Les mouvements de caméra (même si ils sont stabilisés) augmentent considérablement cette impression de flou de mouvement puisque : le sujet est lui-même en mouvement ET le caméraman ajoute également SES mouvements. Un double flou cinétique en quelque sorte…

L’exemple le plus célèbre au cinéma utilisant la technique du speed-shutter est le film de Steven Spielberg  « Il faut sauver le soldat Ryan » (1998 – Saving Private Ryan).

Bon… Steven Spielberg a réalisé des films moins violents… Mais la scène « insoutenable » du débarquement est rentrée dans la légende du cinéma notamment parce que Spielberg a été un des premiers à casser les codes de la règle des 1/50e s pour plonger le spectateur dans l’hyper-réalisme et le mettre à la place du soldat « lambda » (vous, moi…) sur la plage de Normandie.
Filmer au delà des 1/50e de secondes n’est pas la seule technique utilisée par Steven Spielberg permettant d’immerger le spectateur.

La force de la séquence de Spielberg c’est de faire du débarquement une expérience collective. Le héros du film est, comme dans tous les films de Spielberg, un « Monsieur Tout le Monde »… La technique utilisée est au service de la narration, c’est bien plus qu’un effet de style.

Dans cette séquence Steven Spielberg a décidé de filmer avec différents temps d’exposition et différentes cadences d’images. ils ont choisi des temps d’exposition plus courts (La rumeur parle d’un shutter à 1/250e secondes) pour pouvoir avoir des rendus de matière plus nets lors des explosions notamment (on voit très nettement les corps se « décomposer », les embruns, le sable devant l’objectif). Toutefois, il y a aussi des plans filmés avec des temps d’exposition plus longs et des cadences plus faibles ce qui les rend à la fois plus flous et plus saccadés.

On retrouve aussi une colorimétrie particulière, des plans à hauteur d’homme, une image « stabilisée » à l’épaule (c’est-à-dire une stabilisation « réaliste » reproduisant les mouvements d’un homme en déplacement.

La scène est hyper-réaliste à tout point de vue et … elle est célèbre car Spielberg aura géré cette notion de flou cinétique à la perfection de façon à augmenter au maximum le réalisme.

En conclusion, ce n’est pas parce qu’on veut décomposer les mouvements qu’il ne faut pas doser l’effet…. La règle est le 1/50e s… il faudra procéder à des tests ou avoir une intention particulière pour faire varier progressivement ce facteur shutter-speed.

La suite sur le page « Le Lab » 😉 Avec un article sur le plan séquence.

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